Pour ceux et celles qui suivent religieusement mon blogue, c’est ce que j’aime croire évidemment, vous serez surpris de constater que je ne vous embêterai point, cette fois-ci, avec mes histoires de PGI ou d’architecture orientée services. Au contraire, dans cet esprit des temps des Fêtes, je désire vous faire part de ma matinée fraîchement pressée et encore si vivide dans ma tête. Je la trouve particulièrement intéressante pour ne pas dire enrichissante sur le plan développemental. Matinal que je suis, je me suis réveillé vers 7 h 25 pour embrasser ce beau samedi 12 décembre 2009. Après une bonne douche frisante, j’étais finalement prêt à sortir de la maison. Il faisait froid, pas autant qu’en Sibérie, mais assez froid pour me rappeler d’enfiler mes gants. Du premier tour de clé, la Corolla démarra; son ronronnement était inconsistant, voire saccadé. Je pense qu’elle ne voulait pas que je la réveille. Quelques minutes plus tard, j’étais arrêté au McDonald’s sur Côte-des-Neiges pour y commander le gras trio Egg McMuffin Sausage. Particuliarité à noter : je ne suis pas friand du café. Enfant de la génération Y, je suis un produit dérivé du lait produit au Québec dont j’adore toujours. J’ai réalisé par la suite qu’un Egg McMuffin n’est pas un Egg McMuffin « with sausage »; au moins, un « hashbrown » demeure un « hashbrown ».

Gouffrant le tout sans relâche, j’avais un sourire sur le coin des lèvres. Après la tempête de neige qu’a connue le Québec cette semaine, trouver une place de stationnement dans l’arrondissement Côte-des-Neiges relève d’une mission surhumaine. Après un tour de « char », j’ai trouvé une place où je pouvais garer l’auto sans encombrer la circulation automobile des résidants locaux. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai souvent tendance à me garer en diagonale à la suite de grosses bordées de neige, question de pouvoir déloger ma voiture du banc de neige plus facilement. Enfin, c’est ce que j’ai fait par instinct de survie dans la jungle urbaine qu’est le parc de stationnement de la ville de Montréal. Je ne pensais pas que mon geste aurait eu tant de répercussion à l’égard d’autrui. Me souciant de ma petite affaire, je dégustais toujours mon berlingot de lait jusqu’à la dernière goutte. C’est en sortant de l’auto que j’étais accueilli par le regard d’un homme vêtu d’un manteau Kanuk. À premier vu d’oeil, je ne m’étais pas vraiment soucié de sa présence me disant qu’il allait tout simplement promener Fido par cette belle matinée hivernale. Constantant que le bout de nez de la Corolla dépassait un peu, j’ai décidé de reculer davantage question d’éviter qu’on accroche son si beau museau.

Cette fois-ci était la bonne. J’ai finalement réussi stationner l’auto. Pas pire, non? Même pas de besoin d’effectuer un stationnement en parallèle, un art que je ne maitrise toujours pas à la perfection, j’étais définitivement satisfait de mon travail d’homme. En sortant de l’auto, le regard de l’homme avec le manteau bleu croisait le mien. Il était assis sur ses escaliers depuis quelques minutes à me regarder faire le bouffon stéréotype du conducteur montréalais en quête de sagesse et d’une place de stationnement; le genre de regard d’anticipation qu’on observe sur la face d’une personne qui a peur de vous approcher parce qu’elle a quelque chose à vous dire. Je le voyais rassembler son courage lorsqu’il s’est levé de ses marches d’escalier encore gelées et travaillées par le temps. Il s’approcha de moi; dos bien droit, balançant ses bras mécaniquement, il gagnait du terrain. Réceptif, et conscient qu’il voulait me dire de quoi d’intéressant, j’ai emboîté le pas pour répondre à sa demande.

« As-tu besoin de te stationner comme ça? T’es le seul sur toute la rue à te mettre en diagonale. Ça pas de sens qu’est-ce tu fais! » me lança l’homme au manteau bleu Kanuk. J’étais un peu ébahi par le ton de sa voix à la fois ferme et rassuré. Je lui ai poliment répondu que ma décision était motivée par mon instinct d’automobiliste montréalais : je ne voulais pas être pris au dépourvu lorsque je ne pourrais pas me sortir du trou. Il me confronta à nouveau en relançant le fait que je dois être à moins de 50 cm du trottoir à défaut de me faire coller une belle contravention, un fait que j’acquise intégralement. Nous avons échangé pendant quelques minutes. Son impatience commençait à se pointer au travers de l’emploi de ses mots. Bref, j’ai vu des cas bien pires durant ma jeune vie. Nous sommes tous deux demeurés bien ancrés à nos positions : il disait que les automobilistes montréalais, particulièrement les HECiens étaient de voleurs de stationnement, moi je disais que les routes sont des biens  publics.

Considérant que les voies que nous empruntons avec nos autos sont publiques, j’ai soulevé le fait que mon stationnement ne nuit à aucune personne du point de vu circulation. L’homme m’est revenu à plusieurs reprises avec le fait que j’étais le seul à être comme ça sur sa rue. Vous constaterez mon utilisation du « sa ». En effet, en tant que citoyens montréalais, nous sommes tous attachés d’une manière ou d’une autre à notre quartier, à notre voisinage, etc.  Lorsqu’une personne comme moi, un résidant d’un autre arrondissement, vient piétiner dans la plate bande de l’arrondissement-hôte, des problèmes s’en suivent. La situation de ce matin n’y échappe pas. Esprit de protectionnisme? Peut-être? C’est clair qu’en garant ma voiture en diagonale dans le coin huppé d’Outremont que je n’étais pas conscient des répercussions de mon geste que je considère banal; sans ça, je ne l’aurais fait. Conscient dans la majorité du temps, j’essaie d’être transparent dans mes agissements. J’ai fait valoir au gentil homme que son point est noble et justifié, mais je lui ai demandé pourquoi il était si friand à approcher un parfait inconnu pour « s’obstiner » sur une question de parc de stationnement. Pourtant, nous sommes samedi matin, il fait super beau, l’air est frais, et j’ai mangé du McDo.

C’est à ce moment que je lui ai demandé s’il avait l’intention de faire part de ses commentaires à tous les automobilistes qui entravent à sa vision du stationnement parfait, une valeur préconisée par la ville d’Outremont. Avant même de lui laisser répondre à ma question, j’ai ajouté que la région métropolitaine souffre de problèmes plus aggravants en ce moment qu’un problème de stationnement. La réalité est tout à fait différente et les citoyens ne semblent pas s’en rendre compte. Je vous propose l’exemple du problème lié au stationnement dans le coin de Côte-des-Neiges : la densité humaine par mètre carré est plus importante que celui d’Outremont. Le phénomène du ghettoisme est peut-être exagéré, mais représente une certaine réalité des gens qui peuplent ce quartier. Ils sont 4-6 personnes par appartement. Je vous laisse calculer un chiffre approximatif d’automobiles présentes dans les rues de cet arrondissement. Des minounes, on en voit partout. Les gens se battent pour du stationnement. La loi de Darwin prévaut : le plus fort survivra.

L’homme au manteau bleu Kanuk ne semble pas être conscient que sa résidence, que son quartier n’est pas si loin de ce ghetto qu’est Côte-des-Neiges, un arrondissement riche culturellement, mais pauvre en stationnement. Enfin, faute de temps, je lui ai gentiment indiqué que je suis un franc joueur, et que j’aime son point de vue. J’ai pris la décision de me restationner selon ses goûts ne voulant pas abîmer l’image de la ville d’Outremont ni rabaisser la valeur de son quartier.

Avant de le laisser faire ses activités matinales, je lui ai simplement dit : “Lead by exemple”. L’homme au manteau bleu Kanuk laissa échapper : « T’es un bon gars. Je m’excuse de chialer autant ». Voulant être un citoyen responsable, j’ai contribué au développement de ville métropolitaine en rendant un citoyen heureux et en donnant l’exemple à des centaines d’autres automobilistes en agissant de la sorte. Mon geste ne m’a coûté qu’au plus 15 minutes de ma vie, mais c’est le fait de pouvoir désamorcer cet individu, d’éteindre son feu, de le calmer, et surtout de lui faire réaliser qu’en discutant, qu’on est capable d’être tolérant et d’avoir une meilleure ouverture d’esprit et une meilleure ouverture sur le monde.

Je pense avoir démontré une excellente retenue, et j’ai collé des bons points supportés par un solide raisonnement. Nous nous sommes quittés avec le sourire aux lèvres. Je me suis dirigé vers l’édifice Côte-Sainte-Catherine de HEC Montréal. Oubliant que je n’ai pas mes Asics, je suis revenu les chercher. J’ai recroisé Sandy, un père de famille en début de la quarantaine, l’homme au manteau bleu Kanuk. Je lui ai dit : « Qu’est-ce tu penses de mon stationnement? » Il m’a dit : « Je m’excuse. Tu l’as vraiment l’affaire ». Je lui ai dit : « J’en profite pour te souhaiter un excellent temps des Fêtes et un super samedi! » Voyez-vous, la gestion des relations humaines est un art qu’on apprend en faisant du service à la clientèle durant ses études universitaires. On continuera toujours en à en faire parce que nous sommes des êtres relationnels.

Leçon de l’histoire : soyez ouvert d’esprit. Préparez-vous à écouter les gens, à comprendre leurs raisonnements, à travailler avec eux, et à vous aider. Bon samedi.

p.s Je tiens à remercier une certaine lectrice pour avoir soulevé quelques fautes d’ortographe dans le billet suivant. Sa bienveillance contribue au développement d’un monde virtuel plus sain et regorgeant moins de fautes :)


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